"À la fin de l'année dernière, j'ai partagé [le récit de] mes bénéfices et la croissance de mon entreprise lors d'une réunion au village. En entendant mes exploits, tous mes voisins ont voulu rejoindre le programme", raconte Clotilde Ayissi, petite exploitante agricole. Grâce à ses nouvelles activités agricoles, développées depuis son adhésion au programme VSLA (Village Savings and Loan Associations), la vie quotidienne dans son village de Lekié, dans le centre du Cameroun, s'est améliorée. Ayissi possède un petit magasin où elle vend les produits de sa ferme agropastorale, où elle élève des porcs, des poulets et des chèvres, tout en cultivant du cacao, des arachides, du riz, du maïs et du manioc. Ayissi comble un manque très remarqué dans la chaîne d'approvisionnement, en permettant aux habitants du village d'accéder aux denrées essentielles à proximité plutôt que de parcourir des kilomètres jusqu'aux zones urbaines.

Malgré la variété de bétail mentionnée et des cultures d'Ayissi, elle reste à la merci du climat, une saison sèche prolongée ayant récemment entravé sa production, ainsi que celle de nombreux producteurs de cacao locaux. Le décès de son mari en 2020 a aggravé ses problèmes financiers, la laissant dans un état précaire. C'est dans ce contexte qu'Ayissi a rejoint le programme. "Je devais trouver une solution pour développer et augmenter mes revenus et tenir le coup tout au long de l'année, car entre janvier et août, les cultures produisent moins de revenus", explique-t-elle.
Le programme VSLA a été mis en place par ETG ( Export Trading Group), dont l'objectif principal est de fournir aux femmes une autonomie financière et une autosuffisance par le biais d'une formation en commerce agricole. "Au Cameroun, il y a 181 membres au total pour environ 40 membres dans chaque branche du groupe" estime Jean Daniel Essobo, un superviseur ETG de la durabilité de la branche d'Obala.
Des fonds mis en commun pour des prêts partagés
Les groupe VSLA encouragent le partage des ressources par le biais des connaissances et des finances, avec des ateliers hebdomadaires. Les groupes sont administrés par les membres , avec des postes attribué sur la base de la candidature et du vote commun. Ayissi est secrétaire de sa VSLA locale et se rend à l'agence d'Obala tous les lundis pour accueillir les nouveaux membres, car le nombre d'inscriptions ne cesse d'augmenter. Ayissi raconte comment elle s'est engagée : "J'ai assisté à la première réunion où deux membres de longue date ont partagé leur expérience réussie. Ce qui m'a frappée, c'est qu'il y avait des conditions réalistes pour entrer dans le programme et des conditions [claires] pour recevoir le prêt qui semblaient plus avantageuses pour nous. J'ai senti que je pourrais emprunter de l'argent facilement et rembourser à un taux et à un rythme [raisonnable] que je pouvais me permettre."
En tant que mère de huit enfants, la participation d'Ayissi à cette initiative concerne autant l'avenir de ses enfants que le sien. Lorsqu'elle rentre des réunions hebdomadaires, Ayissi montre fièrement à ses enfants ce qu'elle a appris à "l'école", comme elle l'appelle badinement. Depuis qu'elle a rejoint le programme, elle a acquis des compétences en comptabilité et les a appliquées à la gestion de son magasin. Elle a ainsi pu générer des revenus supplémentaires qu'elle a investis dans son travail agricole et pour payer les frais de scolarité de tous ses enfants.
Elle explique également comment elle a appris à être plus ingénieuse avec ses produits : "Les choses ont changé du jour au lendemain lorsque j'ai commencé à utiliser chaque partie de la récolte au lieu de la gaspiller. Avant, je jetais tout ce que je ne vendais pas, mais maintenant, je le mange avec mes enfants ou je le donne au bétail de la ferme. J'avais l'habitude de négliger tous les restes, maintenant nous utilisons tout ! À la fin de l'année, mes économies ont augmenté parce que je dépensais moins pour les courses !" Une partie de l'engagement d'Ayissi dans le programme, en tant que membre, consiste à apporter une contribution financière hebdomadaire au pot commun ; ces économies via sa formation l'ont aidée à le faire.
Le potentiel de l’entrepreneuriat
Un autre élément clé du programme est l'éducation à la diversification des revenus. Les sessions de formation dispensées par le GALS (Gender Action Learning Systems) permettent aux femmes d'acquérir les connaissances et les outils nécessaires pour gagner leur propre argent et être autonomes. Une fois que les membres ont réussi leur formation, elles sont encouragées à mettre en place de nouveaux projets et sont soutenues dans ce processus : "Mon plus grand projet est ma petite boutique, où je vends du poisson fumé, des bonbons et mes récoltes. Chaque matin, je travaille à la ferme et je nourris mes enfants avant qu'ils n'aillent à l'école. Ensuite, j'ouvre mon petit magasin où je vends des marchandises et des produits dont nous avons besoin dans le village. Le supermarché le plus proche est à des kilomètres, et il est difficile d'y accéder depuis le village. Je trouve cela bénéfique car les clients viennent régulièrement, et cela profite à mon quartier et aux villages voisins. Avant la fin de l'année j'envisage de louer des chaises. Elles sont utiles pour de nombreux événements, elles peuvent donc être louées très souvent."


Impacter durablement les futures générations
En 2020, le Bureau des Affaires internationales du Travail a constaté que près de la moitié des enfants Camerounais âgés de cinq à 14 ans (43,7%) travaillaient. La Fondation ECLT a défini la pauvreté comme "la plus grande raison qui pousse les enfants à travailler", dans les zones rurales comme Lekié, cela se reflète clairement.
En plus de créer une équité entre les sexes, l’approche VSLA profite aux enfants par la richesse et les opportunités collectives. Les enfants d'Ayissi ont la liberté de se concentrer sur leur scolarité au lieu d'abandonner leurs études pour aller travailler et soutenir financièrement la famille. Les chiffres de 2018 de la Banque Mondiale indiquent que le taux de scolarisation dans l'enseignement supérieur au Cameroun est de 14,27%. Avec deux adolescents qui approchent de la fin de l'école secondaire, Ayissi fait une priorité que ses enfants aident à améliorer ces statistiques, "Mon fils est à un an de l'université, et tous les revenus de la petite boutique vont à l'épargne pour l'envoyer à l'université."

English Translation
In Cameroon, Smallholder Farmer and Entrepreneur Clotilde Ayissi Is Challenging Gender Norms
Based in the small village of Lekié in Cameroon, Clotilde Ayissi is just one of many female farmers in this rural community benefitting from this microloans system.
Sanaa Carats
“At the end of last year, I shared [the story of] my profits and growing business in a meeting in the village. Upon hearing of my success, all my neighbours wanted to join the programme”, smallholder farmer Clotilde Ayissi says. Thanks to her new agricultural ventures, developed since joining the VSLA (Village Savings and Loan Associations) programme, daily life in her village of Lekié, in central Cameroon, has improved. Ayissi owns a small shop where she sells produce from her agro-pastoral farm. Here, she breeds pigs, chickens and goats, along with growing cocoa, peanuts, rice, corn and cassava. Ayissi fills an important gap in the supply chain, enabling village inhabitants to access essential goods nearby rather than walking miles to reach urban areas.
Despite the variety in Ayissi’s livestock and crops, she remains at the mercy of a changing climate. A recent prolonged dry season hindered her yields, along with those of many other local farmers. The death of her husband in 2020 compounded her financial issues, leaving her in a precarious state. It was against this backdrop that Ayissi joined the programme. “I had to find a solution to develop and increase my revenues and to keep up throughout the year, because between January and August, the crops produce less revenues”, she explains.
The VSLA group in Ayissi’s village was set up by ETG (Export Trading Group), with the primary aim of providing women financial autonomy and self-sufficiency through training in business and household planning. “In Cameroon, there are 181 members in total, with roughly 40 members in each group branch” explains Jean Daniel Essobo, an ETG Sustainability Supervisor from the Obala branch.
Pooling funds for shared loans
VSLA groups encourage members to share their knowledge and pool their finances during their weekly workshops. Groups are also managed by members themselves, with positions that can be applied for and communally voted on. Ayissi is a secretary at her local VSLA, attending the Obala branch every Monday to welcome new members, as the number of sign-ups is ever-growing. Ayissi details how she first got involved, saying, "I attended the first meeting where two long-time members shared their successful experiences. What struck me was that there were realistic conditions to join the programme and [clear] conditions to take out loans, which seemed very beneficial. I felt that I would be able to borrow money easily and reimburse it at a [reasonable] rate and a pace that I could afford."
As a mother of eight, Ayissi’s participation in this initiative is as much for her children’s futures as it is for hers. When coming back from the weekly meetings, Ayissi proudly shows off to her children what she learned at “school”, as she playfully calls it. Since joining the programme, she has gained skills in accounting and applied them to the running of her shop. She has since generated extra income to invest into her farmwork and pay school fees for all of her children.
She also discusses how she has learned to be more resourceful with her produce, saying, “Things changed overnight when I started using every portion of the crop instead of wasting it. I used to throw away everything that I would not sell but now, I eat it with my children or give it to the cattle on the farm. I used to neglect all the leftovers, now we used everything! At the end of the year, my savings increased because I was spending less on groceries!” Part of Ayissi’s commitment to the programme, as a member, is to make a weekly financial contribution to the shared pot; these savings have aided her ability to do so.
The potential of entrepreneurship
Another key component of the programme is education on how to diversify earnings. Training sessions based on the GALS methodology (Gender Action Learning Systems) enfranchise women with the knowledge and tools to make their own money and be self-reliant. Once the members pass their training, they are encouraged to set up new projects and are supported in the process: “My biggest project is my small shop, where I sell smoked fish, sweets and my crops. Every morning, I work on the land and feed my children before they go to school. Then, I open my small shop where I sell goods and products that we need in the village. The closest supermarket is kilometres away, and it is hard to access from the village. I find it profitable because customers come regularly, and it benefits my neighbourhood and the villages nearby. Before the end of this year, I am planning to start renting chairs. They are useful for many events, so they can be rented very often.”
Creating impact for future generations
In 2020, the Bureau of International Labor Affairs found that nearly half of Cameroonian children aged 5 to 14 (43.7%) were working. ECLT Foundation defined poverty as “the greatest single force driving children into the workplace.” In rural areas of Cameroon, like Lekié, this is clearly reflected.
In addition to building gender equity, the VSLA approach benefits children via the accumulation of collective wealth and opportunities. Ayissi’s children have the freedom to focus on their schooling instead of dropping their education to go to work and financially support the family. 2018 figures from the World Bank indicate tertiary school enrolment in Cameroon to be 14.27%. With two teenagers approaching the end of secondary school, Ayissi is making it a priority that her children help improve these statistics, “My son is one year away from university, and all the small shop revenues go to savings to send him to university.”
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